L’Amour est une délivrance

04-09-19

Permalink 13:45:50, 分类: dossiers / 文论

L’Amour est une délivrance


« Jusque Marivaux, il n’y avait pas de comédie sans amoureux ni sans mariage : l’amour n’était pourtant qu’un accessoire. » Peut-être que c’était vrai. Mais au moins dans L’école des femmes, l’amour est un accessoire clé sans lequel on ne peut pas trouver l’entrée du trésor littéraire pour en profiter.



Amour utilitariste, amour vain


Dans le théâtre de Molière, il paraît tout aussi impossible de se changer soi-même que de changer les autres. Au travers de cette pièce-là, nous voyons la défaite d’Arnolphe de ne pas pouvoir changer Agnès comme il veut mais Agnès est une exception à cette règle. Pourquoi ? Alors, l’amour est la seule explication.

Arnolphe exprime quand même son désir d’être aimé ou de l’amour-propre, mais c’est sous la forme d’un inquisiteur avec une certaine brutalité sans masque :

Pourquoi ne m’aimer pas, madame l’impudente ?
(L’école des femmes, V, IV, 1533)

Après, il demande, on peut même dire, qu’il supplie à Agnès d’obtenir son amour jusqu’à ce point :

Tout comme tu voudras, tu pourras te conduire :
Je ne m’explique point, et cela, c’est tout dire.

A part.

Jusqu’où la passion peut-elle faire aller !
Enfin à mon amour rien ne peut s’égaler :
Quelle preuve veux-tu que je t’en donne, ingrate ?
Me veux-tu voir pleurer ? Veux-tu que je me batte ?
Veux-tu que je m’arrache un côté de cheveux ?
Veux-tu que je me tue ? Oui, dis si tu le veux :
Je suis tout prêt, cruelle, à te prouver ma flamme.
(V, IV, 1596-1604)

Arnolphe veut bien façonner Agnès selon ses idées au début mais en s’apercevant d’un possible échec, il fait semblant de s’humilier devant Agnès pour essayer de la reconquérir au dernier moment, et voilà la réponse d’Agnès :

Tenez, tous vos discours ne me touchent point l’âme :
Horace avec deux mots en ferait plus que vous.
(V, IV, 1605-1606)

Quant à Agnès, rayonnante du bonheur de se savoir aimée par Horace, ayant à peine appris que l’amour existe, elle ignore la puissance nouvelle qui lui échoit, elle est blessante comme par mégarde et sans l’avoir vraiment voulu. Bien sûr, c’est un écho assez frustrant même fâcheux pour Arnolphe, mais n’est-ce pas lui-même qui est le vrai responsable de sa malchance ? Si nous remontions au commencement de l’aventure d’Arnolphe. Il débute son projet éducatif sans aucun motif amoureux. Tout ce qu’il planifie est une création totalement innocente et ignorante pour qu’il puisse infailliblement éviter le cocuage. Bien qu’il veuille être aimé, l’amour chez lui n’est pas un processus réciproque, autrement dit, il désire rattraper la domination absolue d’Agnès sous prétexte d’amour. Sa définition d’amour est constituée par la réception de l’amour de l’autre mais dépourvue du don de l’amour qu’il fait à l’autre. En un mot, un amour unidirectionnel qui le condamne à la perte fatale.

Quand Agnès s’achemine spontanément vers l’amour, la situation embarrassante d’Arnolphe est déjà prédestinée et il ne trouve que le vide où il prépose qu’Agnès n’est plus ce qu’elle était dans l’imagination d’Arnolphe.

Molière tente de ridiculiser Arnolphe par tous les moyens dans L’école des femmes afin de nous faire rire d’Arnolphe, mais en revanche Arnolphe est un personnage qui paraît un peu tragique. Il est victime de toutes les précautions qu’il a prises pour entretenir l’ignorance d’Agnès. Dès qu’Arnolphe perd le contrôle d’Agnès, il devient complètement solitaire dans cette farce dirigée et jouée entièrement par lui tout seul. Il est comme un roi qui n’a plus de sujets sur lesquels régner hormis sa propre bouffonnerie.



L’amour, le grand maître


Au point de vue intellectuel, une jeune fille ne doit pas être tenue dans l’ignorance comme Agnès :

Une femme d’esprit peut trahir son devoir,
Mais il faut pour le moins qu’elle ose le vouloir,
Et la stupide au sien peut manquer d’ordinaire,
Sans en avoir l’envie et sans penser le faire.
(I, I, 113-116)

Chrysalde a bien raison. En effet, en se sentant ignorante, Agnès veut remédier à son ignorance, malgré les éducations d’Arnolphe :

Croit-on que je me flatte, et qu’enfin, dans ma tête,
Je ne juge pas bien que je suis une bête ?
Moi-même j’en ai honte ; et, dans l’âge où je suis,
Je ne veux plus passer pour sotte, si je puis.
(V, IV, 1556-1559)

Avec ces mots, Agnès adresse à son tuteur Arnolphe des reproches. Evidemment, ce qui la conduit jusqu’ici n’est que l’unique et puissant maître – Amour.

Voyons comment Agnès raconte sa rencontre avec Horace :

J’étais sur le balcon à travailler au frais,
Lorsque je vis passer sous les arbres d’auprès
Un jeune homme bien fait, qui, rencontrant ma vue,
D’une humble révérence aussitôt me salue :
Moi, pour ne point manquer à la civilité,
Je fis la révérence aussi de mon côté.
Soudain il me refait une autre révérence ;
Moi, j’en refais de même une autre en diligence ;
Et lui, d’une troisième aussitôt repartant,
D’une troisième aussi j’y repars à l’instant.
Il passe, vient, repasse, et toujours, de plus belle,
Me fait à chaque fois révérence nouvelle ;
Et moi, qui tous ces tours fixement regardais,
Nouvelle révérence aussi je lui rendais :
Tant que, si sur ce point la nuit ne fût venue,
Toujours comme cela je me serais tenue,
Ne voulant point céder, et recevoir l’ennui
Qu’il me pût estimer moins civile que lui.
(II, V, 485-502)

Leurs premiers échanges sont comme des échanges de civilités et l’art d’échanger les promesses et les civilités est le véritable art de plaire. Si les comportements d’Horace sont conscients, ceux d’Agnès sont pour ainsi dire spontanés. Si la politesse vient spontanément à une personne naturelle comme Agnès, nous déduisons que c’est en étant poli qu’on se fait aimer et que c’est aussi en étant poli qu’on signifie qu’on aime.

Dans le royaume d’amour, Agnès s’instruit bien naturellement. Pas à pas, elle s’avance en découvrant le caractère et les effets de l’amour :

« …
Il ne vous a pas faite une belle personne
Afin de mal user des choses qu’il vous donne ;
Et vous devez savoir que vous avez blessé
Un cœur qui de s’en plaindre est aujourd’hui forcé. »
(II, V, 507-510)

-- Non, dit-elle, vos yeux ont fait ce coup fatal,
Et c’est de leurs regards qu’est venu tout son mal.
(II, V, 517-518)

-- Mon enfant, me dit-elle, il ne veut obtenir
Que le bien de vous voir et vous entretenir :
Vos yeux peuvent eux seuls empêcher sa ruine
Et du mal qu’ils ont fait être la médecine.
(II, V, 529-532)

Hélas ! Si vous saviez comme il était ravi,
Comme il perdit son mal sitôt que je le vis,
(II, V, 553-554)

Quand bien même c’était le petit artifice amoureux d’Horace, ça dirait aussi la vérité d’amour : même si l’amour cause une blessure, il n’y a que le même « amour » qui peut être le secours unique.

Quand Agnès décrit comment elle tombe amoureuse, en dépit de la présence d’Arnolphe, elle n’hésite point à montrer ses émotions :

Il jurait qu’il m’aimait d’un amour sans seconde,
Et me disait des mots les plus gentils du monde,
Des choses que jamais rien ne peut égaler,
Et dont, toutes les fois que je l’entends parler,
La douceur me chatouille et là-dedans remue
Certain je ne sais quoi dont je suis tout émue.
(II, V, 559-564)

L’amour est tellement délicieux que ce n’est pas à négliger une fois qu’on le savoure. Comme une âme innocente, Agnès ne s’empêche de le goûter avec une ivresse primitive.

C’est une chose, hélas ! si plaisant et si douce !
J’admire quelle joie on goûte à tout cela,
Et je ne savais point encor ces choses-là.
(II, V, 604-606)

Pour la part d’Horace, il regarde l’esprit d’amour comme un miracle :

Il le faut avouer, l’amour est un grand maître :
Ce qu’on ne fut jamais il nous enseigne à l’être ;
Et souvent de nos mœurs l’absolu changement
Devient, par ses leçons, l’ouvrage d’un moment ;
De la nature, en nous, il force les obstacles,
Et ses effets soudains ont de l’air des miracles ;
D’un avare à l’instant il fait un libéral,
Un vaillant d’un poltron, un civil d’un brutal ;
Il rend agile à tout l’âme la plus pesante,
Et donne de l’esprit à la plus innocente.
(III, IV, 900-909)

C’est bien l’amour, mais non pas Horace, qui est le grand maître et pourtant ce n’est pas en Horace mais en elle-même que, grâce à l’amour, Agnès découvre ce qu’elle cherche. L’amour apprend à l’innocente Agnès la sagesse de s’échapper peu ou prou des contraintes d’Arnolphe. Nous trouvons ici que de la naïveté à l’habileté, il n’y a donc qu’un pas, qui permet à Agnès de n’obéir à Arnolphe que pour la forme :

Oui, ce dernier miracle éclate dans Agnès ;
Car, tranchant avec moi par ces termes exprès :
« Retirez-vous : mon âme aux visites renonce ;
Je sais tous vos discours, et voilà ma réponse »,
Cette pierre ou ce grès dont vous vous étonniez
Avec un mot de lettre est tombée à mes pieds ;
Et j’admire de voir cette lettre ajustée
Avec le sens des mots et la pierre jetée.
(III, IV, 910-917)

Et alors, dans le reste de la pièce, Molière montre qu’il y faut surtout de l’amour : un amour jeune et sincère que favorise la nature et qui triomphe au dénouement. Le développement du caractère d’Agnès indique les processus du mûrissage d’une âme. Avec l’aide de l’amour, Agnès s’arrête de glisser plus loin dans l’univers de l’ignorance. La réussite d’Agnès à se transformer à la fin, est en un mot, la victoire de l’amour qui a dévoilé tous les obstacles posés devant ses yeux par les fausses éducations d’Arnolphe.


L’école des femmes est l’école de l’amour. L’amour est une délivrance par laquelle nous nous retrouvons lorsque dans certaines circonstances, nous sommes sur le point de nous perdre.

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Est-ce que vous avez ?Je ne le trouve pas,mais j'en ai besoin urgent.Si vous savez qu'il y a le livre a vendre ,dites moi,s'il vous plait.
08-10-31 @ 19:44
评论源自: Apolline · http:///htsrv/comment_post.php
l'ignorance
08-10-31 @ 19:45

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